Réserve :

Score : 05 /60

Première :

Score : 08 / 34

Jouer à l’extérieur est toujours une occasion agréable de s’évader du microcosme parisien. Mais s’évader à Fresnes est beaucoup plus compliqué qu’on ne le croit. Suite à la dernière soirée arrosée, les flics sont intervenus et ont mis tout le monde aux arrêts. Hop ! Une rafle qui conduit tout le groupe à la prison de Fresnes.

Comment s’échapper de cet enfer carcéral et jouer comme il se doit notre match de rugby ? Corentin Mazamet-Scofield s’est heureusement penché sur la question. Il se fait tatouer sur tout le corps les combinaisons de touche. Alors tout ce petit monde s’organise pour l’évasion finale. 15 hommes se décident à tenter de se faire la belle. Les rôles sont distribués pour que rien ne soit laissé au hasard. Les 8 avants sont censés fragiliser l’édifice, et les arrières animer le plan d’attaque. Tout doit se jouer sur 80 minutes pendant l’affrontement contre les gardiens des lieux…

Bruno Ricaud, pensionnaire de la prison depuis 1958, date à laquelle il fut incarcéré pour debout-couchés abusifs, nous fait un discours d’avant match original :

« Les portes du pénitencier
Bientôt vont se fermer
Et c'est là que je finirai ma vie
Comme d'autres gars l'ont finie
Pour moi ma mère a donné
Sa robe de mariée
Peux-tu jamais me pardonner
Je t'ai trop fait pleurer
Le soleil n'est pas fait pour nous
C'est la nuit qu'on peut tricher
Toi qui ce soir a tout perdu
Demain tu peux gagner »

Gagner. Voilà l’impératif de ce nouveau match, le dernier de la phase aller. Il faudra y mettre du combat, si l’on veut sortir de Fresnes.

Le début de match est mauvais, encore une fois. Chacun veut s’évader par ses propres moyens. Trop de fautes en peu de temps, et déjà Valentin est mis en cellule d’isolement pendant 10 minutes. Il risque la perpétuité. Son avocat, Maitre Boutes, aurait dit pour le défendre : « Ah que c’est pas de sa faute, c’est Johnny ». Fresnes joue par la suite une pénal-touche, et crée un beau maul pénétrant que nous n’arrivons pas à stopper. Les geôliers montent sur la barricade et nous renvoient dans nos cellules. Nous encaissons notre premier essai depuis 5 matches, et sommes menés 5-0.

Nous parvenons difficilement à mettre notre jeu en place. Ils défendent bien, mais nous faisons encore trop de fautes individuelles pour pouvoir les déstabiliser. Exemples navrants : une courte-échelle mal soutenue et nous ne pouvons pas passer au-dessus du mur de la prison ; Mazamet n’arrive plus à relire ses tatouages et lobe son sauteur ; tunnel de trois quart qui part en travers, etc. Le soleil rasant gène aussi considérablement notre jeu de trois-quarts. Heureusement, Fresnes fait aussi quelques fautes, ce qui nous permet de tenter des pénalités. Petit Combret en passe une pour revenir à 5-3. Petit et Grand Combret reçoivent aujourd’hui la visite annuelle de leurs parents, qui ne les ont pas délaissés depuis leur incarcération. Emprisonnés pour « non-assistance à personne en danger qui s’étouffe avec du gâteau à la broche », ils rêvent d’être mutés vers une autre prison : Rodez.

Le meilleur moyen de s’évader reste encore l’aide d’un des gardiens. Bried a soudoyé un petit porteur de clé pour me faciliter la fuite. Alors quand Bastien me donne le ballon, je choisis de percuter Passe-partout. Comme il est de mèche, il offre à Brieg le passage pour qu’il s’y engouffre et marque le premier essai. 10-8 pour nous à la mi-temps.

En deuxième mi-temps le RCP XV a enfin compris que seule la solidarité pourra les mener hors de ces murs. Le combat reprend avec rage. Cette fois, on ne s’affole pas et la conservation du ballon est meilleure, ce qui nous permet d’enchainer les temps de jeu et de mettre à mal la défense adverse. Sur une de ces actions d’envergure, Louis est arrêté à 10 cm de la ligne. Hugo sort le ballon pour Vincent Trouvé qui pète au ras, dans le plus pur style de Napoléoni Nalaga, un cousin à lui qui a quitté Grenoble très jeune. 17-3 pour le RCP XV.

Les gros ont découvert que le meilleur moyen d’évasion n’était pas la voie des airs ni la voie des ailes. Ils préfèrent la technique médiévale du bélier. Têtes bèches, ils enfoncent la porte en fer et abaissent le pont-levis. Ils déroulent et plantent un nouvel essai. D’ailleurs, ils en mettront un deuxième juste après. Le parfait miroir de cette action. Une fois à droite, une fois à gauche. Deux mauls pénétrant de 20 mètres chacun. Oui. Mais dès qu’ils passent la ligne… Une fois le tracé blanc dépassé, c’en est fini de la solidarité ! Vous voyez les gros s’entre-déchirer, se voler le ballon pour récolter les fruits de la marque ! L’affreux de l’homme reprend le dessus. Sur le premier essai, après 20m d’effort collectif, Mocho vole le ballon à Francis pour marquer tout seul. Il se relève et dit « C’est moi qu’a marqué ! ». Sur le deuxième essai, Hubert demande le ballon au cul du maul et s’effondre pour marquer. Il dit « C’est moi que je marque ».

Les gardiens de Fresnes sont en panique. Les prisonniers grondent et défient leur autorité. Plus rien de nous freine (ß jeu de mot). Sur le peu de ballons qu’ils ont à se mettre sous la dent, les Fresnois s’effraient. Sur un regroupement en leur faveur dans leurs 22m, nos gros poussent dans l’axe et gène la transmission du 9 qui offre une passe rasante à son dix. Sur ces entrefaites, Brieg intervient, tape dans le ballon, court derrière et attend anxieux que le ballon remonte avec un rebond favorable. Au même moment dans le sud de la France, Papaix fait du spiritisme dans son cassoulet en envoyant des ondes favorables Paf ! Le ballon remonte et Brieg marque un essai à la Papaix. Il reste maintenant 10 minutes à jouer, et nous campons dans notre camp. Fresnes attaque à tout va. Les parents du petit Bastien étant là aussi pour voir le fiston, celui-ci est tout fou-fou et montre à papounet comment écrouler un maul. Carton jaune pour aller faire la bise à maman.

Notre défense tient néanmoins. Nous restons 5 minutes à 5m de notre ligne sans plier. Le match se termine donc sur ce score fleuve de 34-8. 8ème victoire consécutive du RCP XV. Les archives du club, Vincent Boutes, assure que cela n’est jamais arrivé depuis 1982. Il est évident que le président nous offrira un beau cadeau de Noël pour nous récompenser (oui Antoine Desrues, le Père noël n’existe pas). En tous les cas, le RCP XV s’échappe au classement et malheur à ceux qui réussiront à nous mettre derrière les barreaux.

Brieg, reporter d'investigation en milieu clos et Nounours, photographe imagier de justice